Stéphanie Eden, de Thank you Satan aux héroïnes celtes

Stéphanie Eden, de Thank you Satan aux héroïnes celtes

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A la faveur de la sortie de sa nouvelle série « Avalon, Lande du plaisir » aux éditions B.Sensory, rencontre avec Stéphanie Eden, auteure passionnée qui nous parle de son goût pour la littérature érotique.

stephanie-edenDepuis combien de temps écrivez-vous des textes érotiques ?

Cela fait plusieurs années que j’écris poésies, nouvelles et romans érotiques, j’ai commencé à l’adolescence. Lorsque les éditions B.Sensory ont publié leur premier appel à texte il y a deux ans, j’ai été ravie d’envoyer l’un de mes textes, Thank You Satan et de faire partie de cette aventure originale et stimulante.

Qu’est-ce qui vous plait dans ce genre littéraire ?

L’érotisme en littérature a toujours été subversif et il l’est aujourd’hui plus que jamais ! A une époque où le corps de la femme et le plaisir féminin sont perçus avec de plus en plus de suspicion par les moralisateurs de tous ordres, écrire des textes érotiques évoquant la jouissance féminine dans ce qu’elle a de plus complexe et de plus beau est pour moi une manière d’exister, d’être en accord avec mes choix de vie, et de revendiquer une liberté de ton que seuls l’art et la littérature permettent.

Quels sont vos auteurs préférés ? Votre livre érotique préféré ?

Le Divin Marquis a bien évidemment une place de choix dans mes références littéraires, et ce depuis mes années d’adolescence… Une prédilection qui s’accorde d’ailleurs avec les références punks de mes écrits… Et puis Bataille, bien sûr, alias Lord Auch : Son Histoire de l’œil est pour moi une référence incontournable en matière d’érotisme subversif… Un bijou littéraire, cinglant comme un coup de rasoir, jonché d’actes tour à tour érotiques et meurtriers et qui a été écrit comme une « promenade à travers l’impossible ». Sublime Bataille en effet.

Où trouvez-vous l’inspiration ?

L’érotisme se nourrit du silence des êtres, de leurs secrets, de leurs non-dits. Un corps qui parle est généralement bien plus expressif que des paroles prononcées. J’aime écouter le silence des yeux et le langage des corps autour de moi, dans les lieux de la vie quotidienne, dans les transports, au restaurant, dans les bars… Je me sers également de mes propres secrets dans mes écrits, ainsi que des fantasmes qui, avant d’être pleinement formulés dans mes textes n’existent que dans une sorte de demi-conscience, entre rêves et réalités. En fait, je regarde, j’observe ce qui se passe entre les êtres autour de moi, mais également au plus profond de moi.

Pouvez-vous nous parler de votre série « Avalon, Lande du plaisir » dont le premier épisode vient de paraître chez B.Sensory ?

Cela fait longtemps que je souhaite écrire sur le versant féminin de la légende arthurienne telle que l’ont compilée les auteurs du Moyen-Âge. Alors que des personnages comme Morgane ou Viviane sont essentielles au récit arthurien, elles ne sont finalement que des personnages secondaires après les Arthur, Lancelot et autres Gauvin ! J’ai eu envie de rétablir l’équilibre et de rendre à ces personnages féminins forts et souvent tragiques la place qui était véritablement la leur dans les légendes celtiques : la personnification du Féminin sacré dans la tradition celte.

Et puisque Féminin sacré et érotisme ne sauraient être dissociés, ces héroïnes celtiques affichent avec panache leur pouvoir de séduction et leur emprise sur le désir masculin. Avalon, Lande du plaisir est ainsi un récit issu des légendes celtiques, où la force et l’érotisme du Féminin sacré, clé de voute de ces légendes pré-chrétiennes, sont également ici au centre de la narration. Il s’agit en fait d’une version féminisée et érotique du cycle arthurien.

Morgane, que représente-t-elle pour vous ?

Dans ce parti pris littéraire centré sur les héroïnes féminines du cycle d’Avalon, Morgane la Fée y tient le rôle principal. A la fois Fée, grande Prêtresse, amante et sœur du Roi, Morgane représente pour moi la force, mais aussi la complexité du pouvoir féminin, tel qu’il apparaît dans les légendes celtiques. Bien avant la vision moralisatrice et méfiante de la tradition chrétienne médiévale envers les forces féminines, le monde celte a su appréhender avec une justesse redoutable la puissance régénératrice de l’Eternel féminin.
Morgane incarne tout cela. Elle est en cela une héroïne véritablement tragique et moderne, prise en porte à faux entre un monde qui disparaît – celui du culte à la Déesse Mère, hommage aux forces telluriques féminines – et l’émergence d’un monde nouveau, issu de la victoire de forces mettant en avant les valeurs masculines liées notamment au monde de la chevalerie.
Morgane, héroïne à la fois celtique et moderne, tente d’exister dans la revendication de son désir, en tant que principale composante de son être : Morgane la Fée, symbole immuable de l’Altérité.

Votre avis sur le concept B.Sensory ?

D’un point de vue tant personnel que professionnel, je suis fan ! C’est selon moi une véritable révolution dans l’appréhension de la littérature au XXIe siècle. Alors que l’on vit dans un monde de plus en plus immersif, où le virtuel sert justement à créer et parfois à recréer une réalité dépassant les limites de la perception humaine, le concept B.Sensory apporte justement un véritable renouvellement à la littérature, avec cette faculté extraordinaire de créer une immersion véritablement physique chez le lecteur. Quand la littérature est en phase avec le monde dans lequel elle évolue… C’est tout à fait ce que permet B.Sensory, une littérature connectée et immersive, avec des textes érotiques d’une grande qualité littéraire ! (Et je parle ici également pour mes confrères auteurs dont les publications sont disponibles sur l’application…).

Bravo à tous les membres de cette aventure unique et stimulante !

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