Portrait érotique #1 – Anaïs Nin, la militante

Portrait érotique #1 – Anaïs Nin, la militante

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Chaque semaine, nous vous proposons de découvrir un auteur classique qui s’est illustré dans le genre érotique. Aujourd’hui, à l’occasion de la journée internationale du droit des femmes, nous avons choisi de mettre en avant Anaïs Nin (1903-1977), l’une des premières femmes à avoir exploré ce champ littéraire.

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                                       (Photo : DR ; Photo de Une : Louis Monier – 1974)

Elle a marqué l’histoire de la littérature et, de manière peu orthodoxe, celle du féminisme, en dévoilant au grand public ses journaux intimes de manière non-censurée et en publiant des recueils de nouvelles érotiques tels Venus Erotica ou Les Petits oiseaux. L’écrivaine américano-cubaine Anaïs Nin, amante passionnée, femme libérée, grande amoureuse de l’Amour, a toujours fait comme bon lui semblait, et a bouleversé sans aucun scrupule les codes de son époque.

« Parce que je vis tellement avec la phrase de Rabelais : “Fay ce que vouldras.” Parce que je me sens tellement libre. Sans esprit critique. Amorale. (…) Parce que comme Rank l’a dit avec tant de sagesse, il y a une différence entre se priver et renoncer ! ».

Femme mariée, femme adultère, voire incestueuse, cette « aventurière » du XXème siècle multiplie les conquêtes, les amants (*) et les vies parallèles. Mariée à 20 ans à Hugh Guiler, jeune banquier new-yorkais, elle vivra une relation passionnelle et sulfureuse avec le romancier américain Henry Miller (Tropique du Cancer, Sexus, Nexus, etc.), dont elle sera la muse, l’amie et la maîtresse. Leur liaison donnera lieu à une Correspondance passionnée, récit épistolaire d’un amour fou qui démarre au début des années 1930 et durera près de 20 ans – publié après la mort de l’époux d’Anaïs Nin. À l’image de leurs ouvrages respectifs, leurs collaborations (Miller a été le tremplin littéraire de la jeune écrivaine) suscitent une réflexion intemporelle sur toute la complexité du sentiment amoureux mais aussi du rapport à l’écriture.

« Ma seule religion, ma seule philosophie, mon seul dogme, c’est l’amour. Tout le reste, je suis capable de le trahir si la passion me transporte vers un monde nouveau », écrit-elle.

Au début du siècle, il était rare de croiser le chemin d’une femme qui s’assume autant, tant dans ses actes que dans ses écrits. Les féministes ont bien essayé, un temps, de lui faire rallier leur cause. Mais difficile, à l’époque, de porter en emblème la vie d’une femme aussi « libre » et « amorale » qu’Anaïs Nin ? Celle-là même qui s’ouvrait sans honte à la bisexualité et déclarait à son amant que « les femmes sont fondamentalement des putains et veulent être traitées comme des putains ».

Et pourtant, cette femme écrivain, nommée quelques années avant sa mort docteur « honoris causa » du Philadelphia College of Arts, puis membre du National Institute of Arts and Letters, qui porte désormais un prix littéraire à son nom, renvoie aujourd’hui une image, non-plus scandaleuse, mais profondément amoureuse de la Femme et du désir féminin.

(*) Henry Miller (et sa femme, June), Antonin Artaud, Robert Duncan, Otto Rank, Edmund Wilson, Gore Vidal, James Agee, Waldo Frank…entre autres.