Portrait érotique #7 : Jean-Jacques Pauvert, l’éditeur qui brisa les tabous

Portrait érotique #7 : Jean-Jacques Pauvert, l’éditeur qui brisa les tabous

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« Donatien de Sade tient une place énorme, unique dans la littérature non seulement française, mais universelle. »

– Jean-Jaques Pauvert

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Celui qui a fait sortir la littérature érotique et pornographique de l’ombre, en France, c’est lui. Le monde des Lettres se souviendra toujours de Jean-Jacques Pauvert (1926-2014), fils de journaliste, petit-neveu de l’écrivain et poète André Salmon, comme d’un éditeur hors-normes. Et surtout comme de l’homme qui n’a pas eu peur de soutenir la cause des écrits de Sade devant un tribunal – un procès dont il ne sortit victorieux que bien des années plus tard. Le jeune Parisien avait alors à peine 20 ans lorsqu’il publia pour la première fois les œuvres de Sade sous son propre nom d’éditeur. Jusque-là, celles-ci n’étaient diffusées que sous le manteau.

Sa notoriété, Pauvert la doit surtout à sa façon de rééditer systématiquement des œuvres ayant sombré dans l’oubli, réprouvées par la morale, ou considérées comme trop marginales. Il commence sa carrière en 1945, sous le nom Editions du Palimugre, et publie des textes de Sartre ou Flaubert, avant de révéler l’intégralité de « L ‘Histoire de Juliette », du marquis de Sade, en 1947. C’est là qu’il assume parfaitement son nom d’éditeur sur la jaquette. Ce qui lui vaudra par la suite dix ans de poursuites judiciaires. Sans compter un nouveau procès, qui lui sera intenté du 15 décembre 1957 au 12 mars 1958 par le Ministère public, pour avoir publié certaines œuvres proscrites de Sade – procès qu’il gagna également. Grâce à lui, Sade devint enfin « un écrivain digne de ce nom » aux yeux du monde.

En 1949, La Librairie du Palimugre sort de terre, rue Vaugirard. Dans ses murs, il recevra des mains de Jean Paulhan le manuscrit d’ « Histoire d’O », de Pauline Réage (dont on ne connaîtra le vrai nom, Dominique Aury, que 30 ans plus tard), qu’il publiera en 1954. A l’aube de mai 68, il lance le journal satirique « L’Enragé », avec les dessinateurs Wolinski, Siné, Cabu, Reiser, Topor et Willem6. Entre 1968 et 1972, il publie de nombreux ouvrages de poids : d’une traduction française de « La Désobéissance civile » de Thoreau, paru en 1849 aux Etats-Unis aux « Mémoires d’un faschiste » de Lucien Rebatet. De 1981 à 1983, il révèle deux des plus importants ouvrages de Françoise Sagan : « Un Orage immobile » et « La Femme fardée ».

Du classique au pornographique

Par ailleurs, au fil des années, il continue de s’affirmer, au-delà de son amour pour la littérature classique (Victor Hugo, André Breton, Georges Bataille, Lewis Caroll, la Comtesse de Ségur, etc.), comme fervent défenseur de la littérature érotique. Il fonde diverses collections, parmi lesquelles « La Bibliothèque internationale d’érotologie ». Il édite également « Le Sexe de la femme », du docteur Gérard Zwang. L’un de ses plus grands chantiers sera son « Anthologie historique des lectures érotiques », œuvre monumentale bâtie entre 1979 et 2001, dont il écrira lui-même une présentation historique de chaque texte. A l’approche de la parution du tout dernier volume, il rédigera également une biographie du Marquis de Sade en trois tomes.

Sur la fin de sa carrière, il dirige notamment la maison d’édition La Musardine, fondée en 1995, qui proposait surtout à l’origine un répertoire érotique classique (Anaïs Nin, Henry Miller, Sade, etc.). De nombreux auteurs, plus contemporains, sont venus grossir les rangs de La Musardine, qui consacre l’une de ses collections à Jean-Jacques Pauvert. On y retrouve des grands noms du genre érotique, comme, par exemple Esparbec, la figure de proue de la pornographie littéraire actuelle.

Jean-Jacques Pauvert ; Pauvert
(Photo : Jean-Luc Bertini / Pasco)