Portrait érotique #4 : De Musset et ses quelques excès

Portrait érotique #4 : De Musset et ses quelques excès

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« Je m’élançai alors sur la belle Fanny, nu, tout en feu, pourpré, terrible. Elle eut à peine le temps de comprendre cette nouvelle attaque, que, déjà triomphant, je sentais son corps souple et frêle trembler, s’agiter sous le mien, répondre à chacun de mes coups. Nos langues se croisaient brûlantes, acérées ; nos âmes se fondaient dans une seule ».

(Gamiani ou deux Nuits d’excès, Alfred De Musset, 1833)

« Ne suivez pas l’office sur un exemplaire de Gamiani, surtout s’il est illustré ».

(Manuel de civilité pour les petites filles à l’usage des maisons d’éducation, Pierre Louÿs, 1926)

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Le poète et dramaturge Alfred de Musset (1810-1857) fait partie de ces grands noms qui composent le Panthéon du monde littéraire français. Des Caprices de Marianne à La Confession d’un enfant du siècle en passant par Il ne faut jurer de rien, Lorenzaccio ou encore On ne badine pas avec l’amour, le célèbre amant de George Sand a toujours été inspiré par le sentiment amoureux sous toutes ses formes.

Jeune dandy parisien, il abandonne vite ses études de médecine pour se consacrer uniquement à la littérature romantique, qui le fascine. Dès 1928, il fréquente le Cénacle romantique et devient proche d’Hugo, de de Vigny ou encore de Mérimée. Il se met rapidement à écrire et commence à publier quelques recueils de vers, de courts romans, mais surtout des pièces de théâtre. Jeune prodige littéraire, il ne cesse alors plus d’écrire. Pourtant fervent défenseur de la comédie et de la mise en scène – mais aussi du théâtre pensé pour être lu et pas forcément joué-, il se heurte à quelques désillusions, ses pièces ne rencontrant pas immédiatement le succès espéré.

Sa vie personnelle et poétique se construit rapidement sur une vie d’aventures, de débauche et d’alcool. Entre de nombreuses conquêtes amoureuses et une véritable addiction au monde de la prostitution, de Musset rencontre par hasard George Sand, lors d’un dîner, en juin 1933. Le séducteur tombe rapidement sous le charme de la belle « scandaleuse », et le couple entretiendra une relation passionnelle pendant environ deux ans.

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Au terme de voyages, d’escapades poétiques, de soirées d’excès et de nuits fiévreuses, les deux amants se déchaînent, se déchirent, se séparent, se retrouvent, pour finalement cesser tout rapport intime, en mars 1835. Leurs correspondances amoureuses font aujourd’hui partie des plus belles de l’histoire de la littérature française.

Cette relation, qui marquera sa vie au fer rouge, est emblématique des thèmes qui habitent ses œuvres, tels que la pureté face à la dépravation, l’exaltation du sentiment amoureux et la force sincère de la douleur.

Une œuvre moins connue du dramaturge et non-moins représentative du personnage, n’est autre que son plus grand récit érotique, paru au moment de sa rencontre avec George Sand, en 1833 : Gamiani ou Deux nuits d’excès. Cet ouvrage, pièce de théâtre contant les deux nuits d’ébats de la comtesse Gamiani avec ses compagnons Fanny et Alcide, commence par des moments d’initiations à la sexualité pour atteindre un florilège d’exploits érotiques. Bien que réprimandée par la morale à son heure de parution, l’oeuvre fait tout de même partie des plus réimprimées du XIXe siècle, avec plus de 40 éditions – elle est d’ailleurs aujourd’hui libre de droit et disponible sur la plateforme B-Sensory. Véritable ode au libertinage, elle se veut un écho sensuel et cru d’une expression poétique très personnelle qui rythmera le début comme la fin de vie de son auteur.

« Chantez, chantez encor, rêveurs mélancoliques,

Vos doucereux amours et vos beautés mystiques

Qui baissent les deux yeux ;

Des paroles du coeur vantez-nous la puissance,

Et la virginité des robes d’innocence,

Et les premiers aveux.

Ce qu’il me faut à moi, c’est la brutale orgie,

La brune courtisane à la lèvre rougie

Qui se pâme et se tord ;

Qui s’enlace à vos bras, dans sa fougueuse ivresse,

Qui laisse ses cheveux se dérouler en tresse,

Vous étreint et vous mord !

C’est une femme ardente autant qu’une Espagnole,

Dont les transports d’amour rendent la tête folle

Et font craquer le lit ;

C’est une passion forte comme une fièvre,

Une lèvre de feu qui s’attache à ma lèvre

Pendant toute une nuit !

C’est une cuisse blanche à la mienne enlacée,

Une lèvre de feu d’où jaillit la pensée ;

Ce sont surtout deux seins

Fruits d’amour arrondis par une main divine,

Qui tous deux à la fois vibrent sur la poitrine,

Qu’on prend à pleines mains !

Eh bien ! venez encor me vanter vos pucelles

Avec leurs regards froids, avec leurs tailles frêles,

Frêles comme un roseau ;

Qui n’osent du doigt vous toucher, ni rien dire,

Qui n’osent regarder et craignent de sourire,

Ne boivent que de l’eau !

Non ! vous ne valez pas, ô tendre jeune fille

Au teint frais et si pur caché sous la mantille,

Et dans le blanc satin

Les femmes du grand ton. En tout tant que vous êtes,

Non ! vous ne valez pas, ô mes femmes honnêtes

Un amour de catin ! »

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