Portrait érotique #3 : L’Abbé Duprat, cet indécent du cloître

Portrait érotique #3 : L’Abbé Duprat, cet indécent du cloître

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« […] Elle demanda à sœur Pasithée si c’était ainsi que Marine lui aidait à faire son lit, qu’elle voyait tout en désordre. Pasithée, tâchant de couvrir sa faute, dit que s’étant couchée pour reposer, son mal lui avait causé de si grandes inquiétudes, qu’elle avait changé vingt fois de place, ce qui avait causé tout ce désordre qu’elle voyait, et que Marine, prenant pitié de son mal, n’avait pas voulu quitter si tôt sa chambre, qu’elle ne la vît un peu soulagée. Sœur Catherine fit semblant de croire ce que Pasithée venait de lui dire ; mais ce qu’elle avait vu de ses propres yeux ne lui permit pas de douter que Marine ne fût un fort beau garçon sous l’habit d’une jeune fille. […]

(extrait du Ve entretien, de Soeur Angélique à Soeur Agnès)

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L’abbé Du Prat – aussi orthographié Duprat – (1640-1718) est le pseudonyme de l’abbé Jean Barrin, né François de Chavigny de la Bretonnière. Ce Breton, qui a passé le plus clair de son temps entre Rennes, sa ville de naissance, et Nantes, où il écoula ses derniers jours, a été grand chantre de la cathédrale de Nantes et grand vicaire du Diocèse. Aujourd’hui, on lui attribue des traductions de textes d’Ovide parues de manière anonyme, ainsi qu’un roman érotique devenu célèbres avec les siècles : « Vénus dans le Cloître (ou La Religieuse en chemise) ».

Ce texte libertin raconte les aventures sexuelles de plusieurs nonnes et dames de passage dans une abbaye… au sein de laquelle s’est glissé un plaisant jeune homme. Sa virilité cachée sous l’habit de religieuse lui permet de se glisser dans l’intimité de ces femmes vivant recluses et dont la chasteté doit (normalement) être préservée.

De « curieux entretiens »

Rédigé sous la forme d’entretiens « curieux » entre deux nonnes, Soeur Angélique et Soeur Agnès, cet ouvrage de 248 pages préfacé à l’attention de « la très digne abbesse de Beaulieu » a été initialement publié entre 1683 et 1719 – bien que les spécialistes penchent pour le début du XVIIIe siècle, reliant ce récit à « L’Histoire des Flagellants » de l’Abbé Boileau, paru en 1701, ou encore à des écrits de La Fontaine. « Vénus dans le cloître » a été véritablement édité en 1968.

Cet œuvre qui traite avec humour et liberté la question de la répression sexuelle dans ces lieux de culte, ouvre son lecteur aux actes de masturbation, de flagellation, de voyeurisme, de rapport à plusieurs et surtout de saphisme, l’histoire se déroulant dans un milieu exclusivement féminin au départ. Le sadomasochisme sera même introduit un peu plus tard, dans des chapitres ajoutés aux éditions suivantes.

« Vénus dans le cloître » est aujourd’hui considéré comme un ouvrage de référence en matière de littérature érotique classique. Il est d’ailleurs disponible gratuitement sur la plateforme B-Sensory.

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« […] Eh bien ! dit-elle, pour vous épargner la vue du corps de cette servante, vous n’avez qu’à fermer les yeux, et je m’en vais procéder à la visite. » En disant cela, elle prit le cierge des mains de Madelon et lui commanda de se tenir à l’écart. Le pauvre Marin faisait tout ce qu’il pouvait pour cacher ce que la nature lui avait donné, et la peur où il était alors lui était d’un grand secours ; mais la peur peut bien transir nos membres, non pas les anéantir. Enfin il se tenait comme un chien qu’on menace du bâton, qui cache sa queue entre ses jambes »