Portrait érotique #2 : Les onze mille fantasmes d’Apollinaire

Portrait érotique #2 : Les onze mille fantasmes d’Apollinaire

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Tous les quinze jours, nous vous proposons de découvrir un auteur classique qui s’est illustré dans le genre érotique. Aujourd’hui, c’est le tour de Guillaume Apollinaire.

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On l’étudie pour sa prose torturée. Et pourtant, sous les beautés des « Poèmes à Lou » ou des divagations oniriques recueillies dans « Alcools », le poète Guillaume Apollinaire (1880-1918), également précurseur et inventeur du Surréalisme, avait un goût certain pour les femmes et les récits érotiques…voire même le roman pornographique.

Fruit de la grossesse non-désirée d’une mère issue de la noblesse polonaise, qui vivait alors à Rome de ses charmes et du jeu, Apollinaire passe son enfance à Monaco – où sa mère subvient à leurs besoins grâce à son activité d’entraîneuse dans les casinos. Sans aucun diplôme, il sera ensuite pris dans le tumulte d’une vie assez confuse, libre, libertine, et particulièrement festive, qui sera sa première source d’inspiration.

Poète et libertin

En 1900, il s’installe à Paris où il enchaîne les petits boulots, et, en parallèle, se retrouve occasionnellement embauché comme nègre pour plusieurs journaux. Il finit enfin par être publié à son nom et commence à signer ses propres articles et poèmes.

Présentant un vif intérêt pour la peinture et les arts graphiques, il fréquente de nombreux artistes (parmi lesquels Picasso, le Douanier Rousseau, ou même l’auteur de romans érotiques Pierre Louÿs) et acquiert une reconnaissance certaine comme journaliste et poète. Durant les dix dernières années de sa vie, il aura de nombreuses relations, tumultueuses, passionnelles, passionnées qui nourriront le reste de son oeuvre. L’une des plus marquantes est celle qu’il a entretenue avec la peintre Marie Laurencin, avec qui il partage une vie d’excès, entre alcool et haschich. Sa première muse lui inspirera l’un de ses poèmes majeurs, « Le Pont Mirabeau ».

Du romantisme à l’érotisme

Peu après sa rupture avec cette dernière, il tombera éperdument amoureux de Louise de Coligny-Châtillon, une comtesse très libre rencontrée à la villa Baratier, près de Nice, en 1914. Une correspondance teintée d’une sensualité sadique et d’un émerveillement presque enfantin naîtra de cet idylle, et sera rassemblée plus tard sous la forme de deux recueils majeurs du poète : « Ombre de mon amour » et « Poèmes à Lou ».

L’ensemble de son oeuvre, marquée par les femmes, la fête, la sexualité et la complexité évidente des rapports entre les sexes, compte deux romans pornographiques jamais revendiqués par son auteur et pourtant majeurs dans l’histoire de la littérature érotique :

« Les Onze Mille Verges ou les Amours d’un hospodar » (1907), qui raconte, souvent avec beaucoup d’humour, les périples fictifs d’un prince roumain à travers le monde et dans toutes les situations érotiques possibles et imaginables (sadisme – Apollinaire était admirateur des écrits de Sade, masochisme, ondinisme, scatophilie, saphisme, gérontophilie, vampirisme, orgies, etc.).

« Si je vous tenais dans un lit, vingt fois de suite je vous prouverais ma passion. Que les onze mille vierges ou même les onze mille verges me châtient si je mens ».

« Les Exploits d’un jeune Don Juan » (1911), où il s’amuse à imaginer le quotidien d’un jeune homme de bonne famille, qui vit dans une maisonnée où il n’est entouré que par des femmes. Avec chacune d’entre elle, il découvre, de façon très crue –voire obscène, les plaisirs de la sexualité.

À travers ces deux romans, qui sont aujourd’hui libres de droit et disponibles sur la plateforme B-Sensory, Apollinaire s’amuse, dynamite la morale puritaine et la répression sexuelle, et remet, à l’aube d’une époque marquée par la guerre, le plaisir et la jouissance au centre de la vie.

En témoigne la note finale de ce dernier roman « interdit » :

« J’espère en avoir bien d’autres et, ce faisant, j’accomplis un devoir patriotique, celui d’augmenter la population de mon pays ».

Guillaume Apollinaire pendant son proces au palais de justice de Paris en novembre 1913 --- Guillaume Apollinaire during his trial in Paris on november 1913