Les gourmandises d’Artémise !

Les gourmandises d’Artémise !

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Rencontre avec Artémise Moncharmond, une auteure passionnée, gourmande, qui donne vie à la plus sensuelle des aventurières, Philippine, dans la série  » Les savoureux voyages de Philippine » dont les deux premiers épisodes sont disponibles sur notre site. Bonne dégustation !

Depuis combien de temps écrivez-vous des textes érotiques ?

Depuis une dizaine d’années environ.

Qu’est-ce qui vous plait dans ce genre littéraire ?

Les effets que cela produit sur moi-même d’abord et sur les autres ensuite. Savoir que les personnages dont je raconte l’histoire sont fictifs mais que leurs aventures produisent des sensations réelles sur ceux qui les lisent est bluffant. La réalité dépasse donc bien la fiction et c’est ce côté magique qui me plaît. Cette identification qui va s’opérer chez le lecteur et qui va bien au-delà du seul imaginaire.

Quels sont vos auteurs préférés ? Votre livre érotique préféré ?

Je n’ai pas vraiment d’auteur préféré mais j’ai des coups de cœur pour certains livres. Je suis entrée en littérature érotique quand j’étais adolescente avec Anaïs Nin et des auteurs « classiques » de ce siècle libertin qu’est le 18ème comme Vivant Denon (Point de lendemain) ou encore Diderot (Les bijoux indiscrets), Mirabeau (Le rideau levé ou l’éducation de Laure). J’avais beaucoup aimé aussi les fabliaux érotiques du Moyen-Age (collection Lettres gothiques) qui parlaient de la « chose » sans la nommer tout en la nommant avec des conventions poétiques et des mots de vieux français que je trouve très expressifs. Je ne passerai pas sous silence le Marquis de Sade qui, à l’époque, ne m’avait pas conquise. Impression modifiée depuis, l’âge et le regard que l’on porte sur les choses aidant. Les années passant, je me suis intéressée à d’autres auteurs plus contemporains, Régine Desforges d’abord que j’ai eu la chance de rencontrer avant sa mort et avec qui j’ai eu une très belle conversation sur l’érotisme dans la littérature. Françoise Rey m’a beaucoup impressionnée aussi. Je la trouvais intrépide et j’étais admirative. Françoise Simpère et son concept de poly amour ont beaucoup orienté mes lectures. Les BD de Milo Manara ont été, quant à elles, des découvertes que je qualifie maintenant d’incontournables. En tant qu’auteure de littérature érotique et lectrice compulsive (en tous genres), je lis actuellement à peu près tout ce qui me tombe sous les yeux et « qui se lit d’une main » (y compris les Harlequin coquins). Par curiosité. Pour voir comment écrivent les autres. Par contre, je n’hésite pas à abandonner ma lecture après quelques pages si le texte est mal écrit ou mal structuré, bref si je m’ennuie.

Pouvez-vous en quelques mots vous décrire comme auteur(e) érotique ?

Perfectionniste, j’ai autant d’exigence littéraire pour les textes érotiques que pour les autres. J’attache une importance cruciale au choix des mots, à leur agencement, au pouvoir de leurs sens. D’une façon générale, j’aime les beaux textes. Pour « dire le sexe »,  je fais en sorte de ciseler les miens avec des mots évocateurs, parfois détournés du contexte, avec des images, des odeurs, des sons. Je refuse les textes bruts, mal agencés dont on sent bien qu’ils n’ont parfois même pas fait l’objet d’une relecture. Ecrire des textes érotiques demande à tous égards autant de travail éditorial qu’un polar, qu’une fiction. J’aurais même tendance à croire qu’il faut être encore plus vigilant, les mots du sexe sont trompeurs. Ils disent plus qu’on ne croit.

Dans un texte érotique qui stimule tous les sens, je me plais parfois à faire passer des messages. Tous les thèmes du quotidien ou de l’imaginaire peuvent servir « la cause », c’est-à-dire, faire et vivre l’amour sans tabou.

Pouvez-vous nous parler de votre série « Les savoureux voyages de Philippine » dont le deuxième épisode sera prochainement disponible chez B.Sensory ?

Philippine est journaliste pour la revue Chefs étoilés et responsable d’une rubrique « Tables du monde » qui la fait voyager sur 24 fuseaux horaires au fil des reportages qu’elle effectue. Une histoire violente va être à l’origine de sa quête de sexe ou plutôt de l’éveil d’une sensualité dont elle n’avait que peu conscience. A travers chaque opus, elle va découvrir à la fois une spécialité locale du pays où elle se trouve (c’est pour ce job qu’on la paye) mais en même temps, y faire des expériences sensuelles et sexuelles qui vont la reconstruire et la révéler à elle-même. Dire qu’elle va tout essayer n’est pas une fiction, ce sera pour elle une gageure au fil des pages. Elle va vivre de très belles aventures et d’autres un peu plus compliquées. Comme dans la vraie vie.

Erotisme et art culinaire font bon ménage ?

Bien sûr ! L’art culinaire, comme l’amour convoque tous les sens. La vue, le toucher, l’odorat, le goût, jusqu’à l’ouïe (le bruit d’une pomme qu’on croque, d’un ragout qui mijote, la soupape de la cocotte-minute qui chantonne). Partant de là, l’intrication des deux coule de source. Je suis par ailleurs intimement persuadée que les gens qui aiment manger ou cuisiner ont quelque appétit en amour. Encore faut-il qu’ils veuillent bien le laisser s’exprimer.

Si vous deviez décrire en quelques mots votre héroïne ?

Belle, drôle, intelligente et terriblement sensuelle. Une fille très banale en somme ! Qui a ses faiblesses, ses défauts, qui a vécu des choses violentes, lourdes à porter, qui charrie des traumatismes dont elle guérira et qu’elle sublimera dans le sexe. Elle prône le concept du sexe rédempteur. Même si elle n’était pas née en 68, elle est un peu l’héritière et le porte-drapeau du slogan : « faites l’amour pas la guerre ! ».

Votre avis sur le concept B.Sensory ?

La littérature connectée ajoute du piment à la lecture. Nous baignons maintenant dans une culture sextoys qui a gagné un vrai droit de cité. Ils ne sont plus réservés à des pratiques marginales inavouables. Le sextoy s’est « sécularisé » et c’est une excellente chose. L’intégrer au plaisir de lire comme le fait B.Sensory est une idée géniale, qui ne propose pas uniquement du sexe connecté puisque B.Sensory, c’est aussi une plate-forme d’e-books et des auteurs talentueux. La littérature érotique est une littérature plurielle. On peut tout se permettre. Y compris l’incursion du Bluetooth dans la plus stricte intimité.